Votre ado vous a montré un message inquiétant, un profil qui insiste trop, ou pire, une menace de chantage reçue sur une app de rencontre ? Ce guide détaille la procédure concrète, étape par étape, pour signaler efficacement un comportement suspect : où cliquer dans chaque application, quand utiliser PHAROS, comment joindre le 3018, et comment conserver les preuves avant d'agir.

Sommaire

Avant de signaler : conserver les preuves

La toute première règle, avant même de penser au signalement ou au blocage, c'est de conserver des preuves. Une fois qu'un profil est bloqué ou qu'une conversation est supprimée par la plateforme suite à un signalement, l'accès aux échanges disparait généralement — ce qui complique fortement une éventuelle plainte ou une démarche approfondie auprès des autorités.

Concrètement, avant toute autre action :

  • Faites des captures d'écran datées de la conversation complète, pas seulement du dernier message.
  • Capturez également le profil complet de la personne (photos, bio, pseudo affiché).
  • Notez ou capturez l'heure et la date visibles sur l'appareil au moment de la capture.
  • Ne recadrez pas les images : gardez-les entières, avec le contexte de l'application visible.
  • Si des images ou vidéos intimes sont impliquées, ne les partagez à personne d'autre — même pour « montrer la preuve » à un tiers non habilité, cela peut aggraver juridiquement la diffusion.

Ce réflexe de conservation des preuves est valable quelle que soit la gravité de la situation : un comportement simplement insistant ou déjà clairement une tentative d'arnaque ou de sextorsion. Mieux vaut avoir des preuves inutilisées que manquer de preuves au moment où elles deviennent nécessaires.

Parent et adolescent consultant ensemble un téléphone pour signaler un profil suspect

Le signalement in-app, app par app

Chaque application dispose de son propre système de signalement et de blocage. Voici la procédure pour les plateformes les plus utilisées par les jeunes.

Tinder

Ouvrez le profil de la personne concernée, appuyez sur les trois points en haut à droite de l'écran, puis sélectionnez « Signaler ». Tinder propose plusieurs motifs de signalement (comportement inapproprié, faux profil, mineur, spam ou arnaque) — choisissez le motif le plus précis possible, cela accélère le traitement. Le blocage est proposé automatiquement après le signalement.

Bumble

Dans la conversation avec la personne, appuyez sur les trois points en haut de l'écran, puis « Signaler et bloquer ». Bumble traite généralement les signalements sous 24 à 48 heures et dispose d'une équipe de modération dédiée aux profils suspects impliquant potentiellement des mineurs.

Hinge

Depuis le profil ou la conversation, appuyez sur l'icône de menu, puis « Signaler ce profil ». Hinge, comme les autres apps du groupe Match, applique une politique de tolérance zéro pour les comportements à caractère sexuel non sollicités envers des utilisateurs mineurs ou suspectés mineurs.

Yubo

Sur Yubo, plateforme conçue spécifiquement avec une architecture de sécurité adaptée aux mineurs, chaque profil, live ou message dispose d'un bouton de signalement direct. Yubo intègre également une modération automatisée par intelligence artificielle qui détecte certains comportements à risque en temps réel, en complément du signalement manuel. Pour un panorama complet des plateformes adaptées aux 16-18 ans, notre guide des apps de rencontre sécurisées pour ados détaille les options recommandées selon l'age.

Dans tous les cas : le signalement seul ne suffit pas toujours à une réaction rapide de la plateforme. Combinez systématiquement le signalement in-app avec les autres ressources détaillées ci-dessous dès que la situation dépasse un simple message déplaisant.

La plateforme PHAROS pour les contenus illicites

PHAROS (Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements) est le point de contact officiel du ministère de l'Intérieur français pour signaler tout contenu manifestement illicite rencontré en ligne. Elle est accessible gratuitement sur internet-signalement.gouv.fr.

PHAROS traite notamment les signalements concernant :

  • Les contenus à caractère pédopornographique.
  • Les tentatives de sollicitation sexuelle d'un mineur (grooming).
  • Les escroqueries et arnaques en ligne, y compris sentimentales.
  • L'incitation à la haine, aux discriminations ou à la violence.
  • Les contenus à caractère terroriste.

Contrairement au signalement in-app, qui vise à faire agir la plateforme elle-même (suppression de compte, blocage), PHAROS transmet le signalement aux services d'enquête compétents pour une éventuelle action pénale. Les deux démarches sont complémentaires et ne s'excluent pas : signaler à la fois sur l'application et sur PHAROS maximise les chances de réaction rapide, notamment pour les situations les plus graves impliquant potentiellement des mineurs.

Le 3018 : accompagnement humain gratuit

Le 3018 est le numéro national de lutte contre les violences numériques touchant les enfants et les jeunes. Gratuit, anonyme et confidentiel, il est accessible par téléphone, mais aussi via chat et application mobile dédiée. Une équipe composée de psychologues, de juristes et de médiateurs spécialisés accompagne les appelants — jeunes comme parents — dans trois types de démarches :

  • L'écoute et le soutien psychologique immédiat, particulièrement important en cas de cyberharcèlement ou de sextorsion où l'ado peut se sentir seul et honteux.
  • L'accompagnement dans les démarches de suppression de contenu : le 3018 dispose de contacts directs avec les principales plateformes (réseaux sociaux et apps de rencontre) pour accélérer le retrait de contenus problématiques.
  • L'orientation vers un dépôt de plainte si la situation le justifie, avec une aide pour formuler et structurer le signalement aux forces de l'ordre.

Le 3018 est particulièrement recommandé en complément du signalement in-app dès que la situation dépasse un simple comportement déplaisant isolé : messages insistants répétés, menaces, diffusion ou menace de diffusion d'images intimes, ou tout échange qui met mal à l'aise l'adolescent de manière persistante. Notre article complet sur le cyberharcèlement lié aux rencontres en ligne détaille également le cadre légal et les peines encourues par les auteurs de ce type de comportement.

Ligne d'écoute et d'accompagnement pour les jeunes victimes de violences numériques

Net Écoute et les autres ressources d'aide

Net Écoute, portée par l'association e-Enfance en partenariat avec le 3018, complète ce dispositif avec une expertise historique sur les usages numériques des jeunes. Elle propose un accompagnement similaire au 3018 (dont elle est d'ailleurs l'un des opérateurs historiques) avec une attention particulière portée au cyberharcèlement scolaire et à ses ramifications sur les réseaux sociaux et applications de rencontre.

D'autres ressources complètent ce dispositif français :

  • Point de Contact (association loi 1901) permet de signaler des contenus illicites en ligne, en lien avec les plateformes internationales.
  • La CNIL peut être saisie pour toute question relative à la protection des données personnelles d'un mineur mal utilisées par une plateforme.
  • Pour un accompagnement psychologique plus large sur les conséquences émotionnelles de ce type d'expérience, des services de soutien spécialisés comme ceux proposés par combattreladepression.com peuvent compléter l'accompagnement juridique et technique, notamment quand l'anxiété ou le mal-être persiste après l'incident.

Pour les situations liées spécifiquement à l'usage d'applications de rencontre chez les plus jeunes, notre guide parents pour accompagner son ado sur les apps de rencontre reste la ressource de référence pour poser un cadre préventif, en complément de ce guide de signalement qui intervient une fois qu'un problème est déjà survenu.

Que faire en cas de sextorsion ou de chantage

La sextorsion — menace de diffuser des images ou vidéos intimes sauf paiement, envoi d'autres contenus ou autre contrepartie — est l'une des situations les plus graves et les plus urgentes à traiter. La procédure à suivre est stricte :

  1. Ne jamais céder au chantage, même une seule fois et même partiellement. Céder n'arrête jamais la demande : elle s'intensifie presque systématiquement, le maitre-chanteur ayant désormais la preuve que la victime est prête à payer ou à obéir.
  2. Couper tout contact immédiatement avec la personne, sans répondre à ses messages, même pour négocier ou s'expliquer.
  3. Conserver toutes les preuves avant tout blocage : messages, images échangées, profil complet, pseudo, numéro de téléphone ou compte utilisé.
  4. Contacter le 3018 en urgence : l'équipe peut orienter vers un retrait rapide du contenu si celui-ci a déjà commencé à circuler, et accompagner psychologiquement l'adolescent.
  5. Envisager le dépôt de plainte, détaillé dans la section suivante, particulièrement recommandé pour les cas de sextorsion qui constituent une infraction pénale grave.

Un point essentiel à transmettre à votre ado : il ou elle n'est jamais responsable d'être victime de ce type de chantage, y compris si des images ont été envoyées dans un contexte de confiance initiale (par exemple dans le cadre d'une relation qui semblait sincère). La honte est le levier principal utilisé par les personnes qui pratiquent la sextorsion — briser cette honte en en parlant à un adulte de confiance est souvent l'étape la plus difficile mais aussi la plus libératrice.

La démarche de plainte si nécessaire

Pour les situations les plus graves — sextorsion, usurpation d'identité, harcèlement persistant, sollicitation sexuelle d'un mineur — le dépôt de plainte constitue une étape importante, non seulement pour la protection de votre enfant mais aussi pour éviter que la même personne ne récidive auprès d'autres jeunes.

Deux voies principales sont disponibles :

  • Le dépôt de plainte en ligne via Thésée (service public numérique dédié aux infractions numériques), accessible pour certaines catégories d'infractions comme les escroqueries en ligne et certains cas d'usurpation d'identité. Cette voie permet d'éviter un déplacement immédiat tout en enclenchant une procédure officielle.
  • Le dépôt de plainte en commissariat ou en gendarmerie, recommandé pour les situations les plus graves ou complexes, notamment tout ce qui touche à une sollicitation sexuelle d'un mineur, qui nécessite généralement une prise en charge spécialisée immédiate.

Dans les deux cas, présentez-vous avec l'ensemble des preuves déjà rassemblées (captures d'écran datées, profils, messages). Cela accélère considérablement le traitement du dossier et évite d'avoir à reconstituer les éléments a posteriori, une fois les comptes éventuellement supprimés ou les preuves perdues.

Les 3 choses à retenir

  1. Toujours capturer les preuves avant de bloquer ou de supprimer quoi que ce soit. Une fois un profil bloqué, l'accès à la conversation disparait souvent, ce qui complique tout signalement approfondi ou toute plainte ultérieure. Les captures d'écran datées restent la base de toute démarche.
  2. Combinez toujours plusieurs canaux de signalement selon la gravité. Le signalement in-app agit sur le compte de la personne, PHAROS transmet aux services d'enquête pour les contenus illicites, et le 3018 offre un accompagnement humain gratuit qui peut orienter vers les deux autres démarches en cas de doute sur la marche à suivre.
  3. Face à une sextorsion ou un chantage, ne jamais céder — et parler immédiatement à un adulte de confiance. La honte est l'arme principale des personnes malveillantes sur ces plateformes. Rompre le silence rapidement, conserver les preuves et contacter le 3018 sont les trois réflexes qui protègent le mieux votre enfant dans ces situations les plus difficiles.